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CamerTech : du taxi aux champs, le Cameroun connecte son quotidien

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L’écosystème tech camerounais produit régulièrement de nouvelles solutions numériques adaptées aux réalités locales : VTC, fintech, e-santé, agriculture connectée, sécurité. Ces initiatives répondent à des problèmes concrets mais restent confrontées à des contraintes structurelles persistantes. Tour d’horizon des acteurs les plus significatifs et des conditions de leur développement.

Un écosystème en construction, entre deux pôles

Le Cameroun numérique se structure autour de deux pôles principaux. Buea, dans la région du Sud-Ouest, a été la première à s’imposer comme hub tech — surnommée « Silicon Mountain ». Yaoundé, la capitale, développe à son tour un projet de pôle numérique « Silicon River », soutenu par le gouvernement. Douala, capitale économique, concentre une bonne partie des usages et de la base utilisateurs.

Le contexte d’usage est à la fois porteur et contraignant. Le taux de pénétration mobile dépasse 87 %, mais moins de la moitié de la population est connectée à Internet. Quatre Camerounais sur dix n’ont pas de compte bancaire. Ces réalités façonnent directement les solutions que développent les startups locales : elles doivent souvent fonctionner sur des réseaux dégradés, via SMS ou USSD, pour atteindre des utilisateurs éloignés des centres urbains.

Mobilité et services urbains

Waziride est l’une des réponses camerounaises au problème de mobilité urbaine. L’application de VTC fondée à Douala en 2018 par Romain Bouani, ingénieur formé en Allemagne, s’est positionnée sur le segment du transport à la demande dans une ville où les embouteillages sont structurels et l’offre de transport formel insuffisante. Le marché de la mobilité urbaine camerounaise reste très largement dominé par le secteur informel (mototaxis, taxis-brousse), ce qui représente autant un terrain favorable qu’une compétition difficile à déplacer.

Fintech : répondre à l’exclusion bancaire

Le faible taux de bancarisation constitue l’un des marchés les plus actifs pour les startups camerounaises.

Diool, fondé en 2015, s’est spécialisé dans les solutions de paiement B2B et les terminaux point de vente. Son application Android permet aux commerces de traiter des paiements sans nécessiter de compte bancaire traditionnel. Nkwa s’attaque à la même problématique depuis l’angle de l’épargne informelle, en permettant aux Camerounais de gérer des tontines numériques — un mode d’épargne collectif très répandu dans la culture locale. Ejara, fondée en 2020 par Nelly Chatue-Diop, a positionné son offre sur l’investissement accessible — notamment l’achat de crypto-actifs et d’actions fractionnées, ciblant des utilisateurs sans accès aux marchés financiers traditionnels.

Santé et agriculture : des besoins de terrain

GiftedMom, cofondé par Alain Nteff, est l’une des initiatives les plus reconnues de l’e-santé camerounaise. La plateforme vise à améliorer l’accès à l’information médicale pour les femmes enceintes en zones rurales, dans des contextes où la couverture sanitaire est inégale et le personnel médical insuffisant. La solution s’appuie sur des canaux accessibles hors connexion (SMS, USSD) pour contourner les limites de connectivité.

Dans l’agriculture, Agrix Tech — fondé en 2018 par Adamou Nchange Kouotou, ancien élève de la formation Huawei — propose un outil de diagnostic agricole basé sur l’intelligence artificielle. L’application permet aux petits agriculteurs de diagnostiquer les maladies des cultures (blé, maïs, cacao) et d’obtenir des recommandations de traitement. Agrix Tech intègre également un module d’évaluation du risque pour l’accès aux micro-crédits agricoles, en partenariat avec des ONG et des établissements financiers. Selon son fondateur, les petits agriculteurs — qui représentent environ 80 % des paysans camerounais — sont la cible principale du service.

Éducation et sécurité : des marchés à maturité plus lente

Dans l’éducation, SmartED — fondé par Valérie Bararunyeretse, Simplice Tankoua et Laba Kagalang — développe des contenus pédagogiques numériques adaptés au programme camerounais. L’adoption des outils éducatifs numériques reste contrainte par l’équipement des établissements et la formation des enseignants, deux variables encore inégalement distribuées sur le territoire.

Dans la sécurité, Sipoh, développé par Ghislain Bella Mboutou et son équipe, propose un dispositif de sécurité personnelle : un boîtier portable connecté qui, activé en cas d’urgence, envoie un message vocal géolocalisé aux services compétents. Ce type de solution répond à une demande réelle dans les contextes urbains où les services d’urgence sont difficiles à joindre rapidement.

Les contraintes structurelles de l’écosystème

Trois freins principaux pèsent sur le développement de cet écosystème. Le premier est la connectivité : les coupures de réseau restent fréquentes, et moins de la moitié des zones rurales disposent d’un signal exploitable. Le deuxième est le financement : les fonds de capital-risque locaux sont rares, les contrats publics lents à débloquer, et de nombreuses startups dépendent de levées de fonds à l’étranger ou de la diaspora pour amorcer leur croissance. Le troisième est l’adoption : l’usage du paiement digital reste limité hors des centres urbains, et une part significative de la population n’a pas encore intégré les outils numériques dans ses pratiques quotidiennes.

Ce qu’il faut retenir

L’écosystème tech camerounais produit des solutions pertinentes et contextualisées. Les startups les plus solides — Agrix Tech, GiftedMom, Ejara, Waziride — ont en commun d’avoir identifié un problème de terrain spécifique avant de développer leur technologie. C’est un signe de maturité par rapport aux approches qui plaquent des solutions importées sur des réalités locales mal comprises.

Les conditions du passage à l’échelle restent cependant contraignantes : connectivité insuffisante hors des villes, financement local limité, faible bancarisation. Pour les investisseurs et les décideurs publics, les secteurs les plus matures — fintech et agritech — représentent les opportunités les plus immédiates. La santé numérique et l’éducation nécessitent des partenariats institutionnels solides pour franchir la barrière de l’adoption de masse.

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